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VINCENT, roman...

Le roman, Vincent, en lecture pour vous...
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" Je n'existe que dans mes rapports avec des personnes, des choses, des idées, et en étudiant mes rapports avec le monde extérieur, de même que ceux que j'entretiens dans mon monde intérieur, c'est par là que je commence à me comprendre ".
Krishnamurti



" Si vous voulez parvenir au bout de vous-même, méfiez-vous surtout de tout ce qui isole, et de tout ce qui rejette, et de tout ce qui sépare.
Chacun dans votre ligne, pensez et agissez 'universel', c'est à dire 'total'.
Et demain, peut-être, avec surprise, vous découvrirez que rien ne vous oppose, et que vous pouvez vous 'aimer'".

Teilhard de Chardin





AVANT PROPOS




A Simone Signoret,

J'ai décidé d'écrire mon premier livre en sortant de chez Simone Signoret. C'était au début d'une belle complicité qui n'a fait que grandir.
Nous étions au cœur de notre action pour l'accueil des réfugiés du sud-est asiatique
Simone Signoret a lu ce manuscrit en 1979, au coin du feu, dans sa maison d'Autheuil Authouillet. Il lui a plu. Nous en avons longuement parlé.
Une profonde amitié s'en est suivie, jusqu'à sa mort.
Et si j'ai croisé Montand, Benjamin Castaldi, enfant parcourant le parc en VTT, partagé des repas avec Catherine Allégret, en famille, seuls quelques proches le savent.
Le plaisir était intense quand j'arrivais à Autheuil, près d'Evreux. Marcelle me faisait passer par la cuisine. La salle à manger, le hall, le salon avec le piano témoin de tant d'évènements, Simone… Quelle présence !
Sa peau douce à embrasser, casque d'or pour l'éternité. La joie de converser, de se livrer. Des heures inoubliables en présence d'une grande dame. Chance de la rencontre qui compte. Cette voix, le regard, le charme, loin du tapage médiatique.
Encore quelques tournages et une carte postale pour me dire qu'elle s'absentait. Le soir de Noël, le son de sa voix au téléphone pour signifier son attention à l'Autre, simplicité de quelques êtres uniques.
J'ai partagé les lignes de ce livre dans des discussions d'une grande intensité, pendant que Simone brodait…
Cette femme exceptionnelle, artiste complète, grand écrivain, m'a fait l'amitié de ses confidences. Ce n'est pas l'objet de ce livre. Mais bien des chapitres du manuscrit nous ont unis.
La maladie gagnait peu à peu. Simone Signoret approfondissait, sans cesse, sa recherche humaniste, son questionnement sur Dieu, son attention aux autres.
Le jour de son enterrement, au Père Lachaise, j'étais le seul ami de la famille à attendre, debout, Simone, devant le trou béant qui allait accueillir son corps, bien avant l'arrivée d'Yves, Catherine, les proches, les amis…
Journalistes et reporters ont photographié cette scène de l'homme seul qui dominait le cortège arrivant. Personne n'a pu mettre un nom sur mon personnage. On me regardait mystérieusement, respectueusement. Puis, j'ai rejoint, Montand, une rose à la main,  Jean Carmet, Bernard Blier et les autres. Je suis rentré dans le rang…
Je garde de ce jour un souvenir inoubliable. Épilogue de cette belle amitié, complice, vraie, gratuite… Il y aurait tant de choses à dire, de colères à exprimer vers ceux qui ont voulu salir le couple mythique. Dans quel but ?  A quoi peut bien servir ce déballage médiatique de l'intime.
Signoret-Montand dérangeaient. Peut-être plus encore après leur mort ! C'est plus commode pour régler ses comptes, ses frustrations, sa jalousie…Bref !
Presque trente ans après, je vous livre ce manuscrit, à peine modifié. Simone Signoret l'a aimé dans l'intimité de notre connivence.
Puisse ce livre vous émouvoir, car vous savez, maintenant, comment il puise ses racines.


                                                                                A.G.







LA LETTRE…




Chers amis,

Un homme essaie de vous faire partager des instants d'émotion, de doutes, de déroutes, d'espoir, de fous rires ou d'éclosions.
C'est un homme de convictions. On entre dans son univers, avec impudeur, pour se connaître ou se reconnaître. Il n'a rien d'un héros ou d'un saint. Il vit.
Il est tout proche pour partager des moments de passions ou de doutes.
Seuls pourront comprendre ceux qui sont encore capables de s'extasier devant une simple fleur, un coin de ciel bleu, un gros nuage qui court ou le regard amoureux d'une femme.
Il se nomme Vincent, un français moyen que l'on croise trop vite, sans prendre le moment du temps de vivre.
C'est un homme jeune, la trentaine, dans l'agitation d'une époque qui se cherche une âme. Vincent, à travers les tranches de vie qu'il nous livre, appelle inlassablement le dialogue avec l'autre, le nécessaire partenaire pour entrer en relation, pour donner sens aux mots.
Je vais comprendre que son Autre, c'était moi…
Vincent est rivé à son bureau noircissant feuille blanche après feuille blanche comme si, jusqu'à présent, il n'avait trouvé que ce moyen pour communiquer.
Imaginez ! Vous vous tenez derrière lui. Vous tentez de lire par dessus son épaule. Il ne vous a pas vu. Il se lance dans une écriture frénétique. Il a besoin de dire pour ouvrir les portes de la vie.
Ces pages m'ont rendu mon humanité.
J'ai été bouleversé par son amour. Que de temps perdu !
Son manuscrit que je vous livre est le résultat d'une grande souffrance, de mon aveuglement et de la découverte d'un bonheur fondateur de toute ma vie.

Amitié.

Je vous embrasse.

Angèle.








CE SOIR




Je suis rentré chez moi en colère. Une colère de frustré, d'insatiable.
Je ne suis qu'un imbécile. Un instant, malgré toutes les mises en garde contre moi-même, j'ose croire à ton amour. Je ne t'ai rien demandé. Un jour, deux jours puis le téléphone sonne dans le bureau. Une provocation….
L'autre soir, je suis ressorti de chez toi, blessé, meurtri, révolté !
Utopiste, rêveur de rien, irréaliste malgré les réalités qui, chaque jour, s'étalent devant nous. La souffrance des autres, ici, ailleurs. Elle prend aux tripes.
Merveilleux rêve que de se prendre pour un rêveur. A quoi bon, l'homme n'est fait que pour la virilité, la tendresse quelquefois, mais au bon moment, pas trop. En dehors des carapaces, il y a l'être humain. Est-il inaccessible par le seul fait qu'il soit différent ?
Par devant la façade, le bla-bla-bla, je suis un humain souffrant, pleurant, qui rit, chante, vit. J'ai des choses à dire, une passion à exprimer. Celle de vivre au présent, dans un monde terrifiant et splendide à la fois… Je suis un inconnu au cœur qui grossit à chaque événement, rien d'un génie.
Je suis un simple citoyen qui, chaque jour, recommence, chaque jour. Un petit homme, aux petites responsabilités, aux petits moyens.
J'avais cru sentir la chaleur humaine, si peu commune, l'attention aux petites choses, aux petits riens qui lient mystérieusement l'être dans une sorte de concert profond jusqu'à atteindre l'inexplicable.
Comment faire comprendre qu'efficacité, volonté, perspicacité, énergie, prouesse, riment avec passion, amour, larme, sensibilité, charme…
Condamné éternellement dans un camp ou dans l'autre, c'est fatigant, fatigant ! 
Quoi de plus bête que l'homme, un  bouquet de fleurs à la main ? On dira que c'est déplacé, ridicule, voire efféminé ? Quand sortirons-nous de ces clichés lamentables ?
J'ose croire qu'il ne faut rien cacher. Impudique !
Il faut garder son jardin secret et ne l'ouvrir qu'à bon escient. Je le comprendrai, plus tard, la maturité venant.
Trouver l'épanouissement, le bien-être, une quête permanente. La remise en question de nos petits conforts. Pourquoi est-ce si compliqué ?
Je ne suis pas une star, un personnage public qui, par sa notoriété, peut faire d'un calembour l'objet de la plus féconde pensée. Un jour, maintenant peut-être, je dirai tout haut ce que je suis obligé de penser tout bas. Ras le bol de ce carcan qui nous emprisonne. J'écris ma révolte. Elle sera lue, un jour, par quelqu'un, plusieurs, des milliers… Peu importe ! J'écris. Rien n'est inutile. Tout participe à une naissance, pas forcément annoncée pour le bon jour. Une naissance quand même.
Pourtant, il fait bon respirer dans ta maison.
On y sent des êtres aimés, une nature complice, une atmosphère. On doit se retenir pour ne pas paraître comme l'ami qui vient une première fois et brûle les étapes. Non, de la retenue !
Cette première rencontre, chez toi, à la campagne,
Angèle, mon amour.

Il n'y a rien de plus sacré que l'amour et l'amitié. Des liens qui charpentent les années à venir…
Je suis en colère, celle qui monte progressivement pour libérer mes peurs, mes attentes. J'attends tellement de la vie, trop sûrement. Insatiable !
Pourtant…

Aucune auréole célèbre ne me fera dire, dans un pays de liberté, comment je dois vivre la vie. Dans une anti-démocratie, je pourrais être un lâche ou un héros, un lâche, qui sait ! Je tiens tant à la vie. Les lâches ont quelque chose à dire. J'ai du respect pour certains d'entre eux. Tout le monde n'a pas l'étoffe d'un héros. Lâche pour qui, pour quoi ? Pas simple !
Crier partout que l'Amour existe, c'est passer pour un imbécile. Ca ne fait rien. Il faut de tout pour faire un monde. Toucher un être, aller droit au but sans démagogie ou esprit courtisan.
Oui, tout est clair et limpide. Je n'ai jamais aimé que des gens simples, d'une pièce, faisant fi du piège d'une société pleine de contraintes.
Que dire encore, sinon de se taire, se blottir à nouveau dans le conformisme.
Je suis un être tourmenté, n'est-ce pas ? Oh, riche vie que de ne demeurer qu'un simple citoyen vivant à pleins poumons, ni trop tourmenté, ni trop lucide, seulement un peu sensible. Sensible à rire, à jouir, à mourir, à naître !
Cracher ses poumons quand il est nécessaire, retenir son souffle quand il risque de faire s'ébranler l'instant si délectable.
Je refuse de me battre et de me servir d'un passe-conduit afin de partager ce qui me tient le plus à cœur. Comment déborder de ce cadre étroit du vulgaire, du confus, pour déboucher vers l'autre ?
Oui, rien n'est simple, décidément. Pourquoi ne pas se suffire de l'instant qui fuit et vivre tout simplement la vie de tous les jours ? La vie pour laquelle des parents nous ont formés. Quoi de plus simple, restons à notre place, faisons pipi chaque matin au même endroit pour ne déranger personne.
Rien à dire, rien à prouver, tout à redire, à penser, à blasphémer.
Ce n'est pas de ta faute, tu n'as pas répondu à mon attente. Elle est grande. Elle n'est pas au diapason de mes tourments. Ta souffrance te ferme au dialogue. La mienne t'appelle encore à mieux t'aimer.
Silence …
Celui que j'aime entre vrais amis.

L'émerveillement, la capacité d'être naïf, naturel, féroce. Que de choses à préserver sans perdre la pureté des yeux bleus d'un enfant, un enfant qui meurt à chaque coin du monde par la bêtise des adultes.
Rêve, festoie, chante, crie, gueule ! Mais ne dis pas à la face du monde que tu es l'autre. Non, tu ne seras pas pris au sérieux, vraiment pas.
Ma colère se calme.
Thérapie de l'écriture qui soigne l'âme. Imperceptiblement, nous avons fait un bout de chemin ensemble. Mystérieusement, nous sommes touchés l'un et l'autre par une présence. Celle de l'un et de l'autre.
Que d'aventures, de passages à vide, de souffrances, de joies, pour apprendre à se connaître, à découvrir les subtilités de liens inaltérables ! Que de croisements sans se voir, sans se reconnaître !
Puis, au fil du temps, une marche ensemble qui nous lie, afin de tisser un rempart à tous les palabres futiles.
Une avancée vers l'Autre, ce compagnon de toujours…
La paix.

Le calme de la nuit apaise les fureurs de l'innocent. S'endormir au creux moelleux de l'oreiller, s'abandonner à l'ivresse du sommeil.
A quoi bon s'emporter ainsi !
Il est temps de s'évanouir pour un autre jour.

J'ai besoin de cet amour qui m'a quitté, je ne veux croire qu'à son retour.









LE GRAIN DE SABLE !




Trois ans de bonheur et de saines folies. Le coup de foudre, le grand amour, la naissance de notre premier enfant.
Puis, la catastrophe, l'horreur, la mort qui frappe sans prévenir. " Faire le deuil ", comme on dit, quand notre société n'est plus habituée à prendre le temps de l'écoute.
On vous conseille de rencontrer un psychologue, sorte de substitut à la cellule familiale. La famille, celle que nous voulions fonder à contretemps des modes ou des diktats du tout économique. Se recentrer sur l'essentiel en ne sacrifiant pas notre âme  aux objectifs à atteindre, au rendement, à l'argent !
Le choix était courageux. D'autres menaient une sorte de douce révolution rampante pour miner le seul appétit du résultat, de la performance. Nous voulions trouver ce juste équilibre entre un monde fou et la joie de vivre.
Subitement, la vie bascule, l'horreur, la douleur.Tu as tout quitté du jour au lendemain. En plus de ma douleur, de notre fils arraché à la vie, je te perdais.
Pour ne pas sombrer dans la folie, ta souffrance avait besoin d'un coupable. J'ai bien essayé de te rejoindre chez tes parents, avec la complicité de ta mère. Tu opposais une froideur, presque une haine qui ajoutait à ma douleur. Tu ne recevais plus mon amour.
J'aurais tellement eu besoin du tien. Après de longues semaines, je comblai ma solitude dans une révolte hargneuse.
Je me mis à écrire. Tout ce qui me passait par la tête dans mon état du moment. Un cri pour que quelqu'un prenne ma main et que je ne coule pas.
Après la mort, je devais croire à la vie. Seul, ce combat me permettrait de me sauver de ma déshérence. Au drame, tu ajoutas tous les ingrédients qui auraient dû me fermer la porte à la vie.
Pour toi, pour lui, dans la tourmente, le doute, la foi je me battrai, aidé de votre amour dont je n'ai jamais désespéré.
Les mois défilèrent entre mélancolie, rage d'écrire, de vivre, d'aimer. De longues nuits d'errances, de sommeils chaotiques, de fumées et d'alcool. J'avais besoin de ces béquilles.
A travers mon amour pour toi, Angèle, pour mon fils, transparaissait ma soif d'aimer au grand large, aux grands vents. J'étais privé de ma grand voile. Le vaisseau souffrait, transpirait, craquait et cherchait les bons vents, les bons courants qui conduiraient au bon port.

De tout mon corps et mon cœur j'attends ta délivrance. Je veux croire à ton retour pour s'embrasser, à nouveau ensemble, sous le regard de notre fils.
En attendant, je te parle, à toi qui veux bien me lire. Tu es ma seule chance de salut.







REVEIL




Déjà, une quinzaine de pages manuscrites et pourquoi pas un livre. Un livre pour moi-même et quelques curieux aventuriers ! Peu importe ! Continuons ce monologue, divaguons… Puisque tu n'acceptes plus de m'écouter, de m'aimer, Angèle, ma femme, la mère de mon fils.
Si quelques éditeurs égarés s'exposent à me publier, eh bien ! Tant pis pour eux et tant mieux pour moi.
Est-ce convenable de se raconter ?
Et si, à travers ces lignes, un jour, quelque part, un autre cherchait à aimer…
Ce ne sont que des pages noircies par un stylo à plume, tout mordillé. Une colère couchée sur le papier blanc.
Un livre pour raconter quoi ? Une vie qui commence sans grandes aventures ni exploits. Seulement un amour, une profonde blessure !
Cela vaut-il la peine d'être partagé ?
C'est un vieux rêve. Depuis longtemps, je cherche le prétexte pour remplir quelques pages blanches. Jamais, je n'avais bondi de cette façon sur un bloc de papier. Pendant toute l'adolescence, j'avais écrit " ce cher journal " confident de mes mille joies, mille tourments, mille espoirs. Un jour de témérité et d'orgueil, de honte et de mauvaise maturité, je l'ai brûlé.
Aujourd'hui, j'écrivais par rage ou désespoir. J'aurai préféré un autre prétexte que la  mort et la séparation.

Je viens de relire les premières pages. Si tu vis la même aventure, n'en fais rien. Il n'y a rien de plus triste que de se réveiller dans la froideur du tabac éteint et du fond de verre tout collant.

Je continue.
Les grincheux et les pisse-vinaigre n'ont qu'à bien se tenir.
Que ceci ne t'empêche pas, surtout, de bouffer, de baiser et de préserver chaque week-end pour prévoir le suivant.
Je peux faire vivre des thèmes qui te sont chers et qui je l'espère, touchent une part de toi-même. Que de passages, d'idées encore à développer !
Je souhaite n'être jamais génial. J'ai trop peur de perdre la sève qui permet de produire le bon fruit.
Des milliers de lignes, jusqu'ici emmagasinées depuis des années. Elles auraient dû s'épanouir naturellement avec toi, Angèle, avec toi, mon fils.

Si un jour ce livre te touche, il est écrit pour toi.
Oui, décidément que de thèmes depuis des années virevoltent dans mon esprit, échangés dans les conversations, lassant mon entourage plutôt que le captivant. Tu bailles ?
J'ai mûri. A toi d'en juger. Je te livre mon impudeur, j'ai besoin de ne pas y résister.








L'AUTRE !




Je parle, je parle… en quête d'impossible ! Je pousse un cri, j'appelle l'Autre. Ce n'est pas forcément une personne bien définie. Aucun être, si parfait soit-il, ne réunira la soif d'absolu que recherchent indéfiniment l'homme et moi.
Vincent demande à l'Autre toute une énergie, un dépassement du désuet quotidien pour aller plus loin. Ce quotidien  qui se doit d'être vécu pleinement.  Tout ce qui forme l'univers d'un homme, pour l'aider à se dépasser, conduit à l'intériorité. Il existe tant de choses pour favoriser notre enrichissement.
Moi, Vincent, qu'est-ce que je donne ?
Apprendre à me découvrir tout au long de ces pages.

A toi de juger ce que je peux donner dans l'exigence de celle que je demande aux autres.
Je mesure l'ampleur de la tâche. Sans y parvenir, peut-on au moins se mettre en marche ?
Le corps respire de mille fibres qui n'attendent que la vie en plénitude. " L'homme est un roseau pensant ". La pensée reste, de loin, la première de nos richesses. Elle nous provoque au devenir. Nous devrions nous réveiller un matin pour tout regarder comme un printemps nouveau. Pas celui du passé qui demeure pour toujours inaccessible et qu'on a auréolé d'exotisme !

Ce monde te tend les mains vers des réponses qui ne viendront pas toutes seules.
Habitués à la facilité, à l'abondance, resterons-nous à attendre d'être courtisés par je ne sais quels attraits maléfiques constitués de dernières pacotilles ?

J'ai mieux à faire. J'accueille avec tout mon corps, ma pensée, ma foi : un devenir meilleur pour une société qui se meurt. Elle se meurt de l'abondance des richesses offertes trop vite et presque miraculeusement pour ceux qui sont du bon côté…
Avec un peu de recul, on a l'impression qu'un Dieu tentateur, plus proche du pouvoir du Malin, nous séduit à plaisir comme pour évaluer où en est l'humanité cupide, orgueilleuse et de rares fois, loyale.
Une crise économique vient freiner notre boulimie frénétique. Des restrictions ? Non ! Pas vraiment encore dramatiques, mais l'annonce de temps plus durs qui vont centrer à nouveau l'homme sur l'essentiel. C'est à espérer, à souhaiter, oui.
Pouvons-nous imaginer que cet essentiel soit le fruit de notre seule humanité ? Ne rêvons pas, il y aura bien quelques marchands de bonheur pour lui donner un prix. Loin de moi d'implorer les foudres de Dieu pour une société pécheresse. A chacun sa liberté ! Mais nous sommes bien embarqués, que nous le voulions ou non, dans une aventure collective. Nous suivons la marche de l'histoire faite d'excès de zèle, de libertinage, ou d'ascèse.

Pourras-tu, en es-tu capable, nous débarrasser de ces concepts par trop poussiéreux et limitatifs pour découvrir un univers libre, composé de contraintes librement acceptées : vivre !
Rêve de conteur, je sais…

Je suis persuadé que, dans les soubresauts de l'histoire humaine, à travers les siècles, l'homme est devenu meilleur. Nous avons du mal à réaliser cette notion de l'homme meilleur, tellement nous sommes attachés à des fragments de notre histoire. La notion du temps que nous prétendons connaître se rétrécit à notre propre existence ou à quelques générations antérieures ou futures. Dans un temps plus long, celui du commencement de la vie terrestre ou planétaire à la fin du monde organisé, une multitude d'événements me fait penser que l'homme est en devenir.
C'est à cette avancée de l'homme qu'il faut travailler. La vie trépidante d'aujourd'hui a bien du mal à imaginer ce devenir de l'homme. Une société de l'individualisme et de l'égoïsme se doit de réagir au-delà de la convoitise immédiate.
Une tranche de la société a des responsabilités, des engagements à prendre. La tranche des nantis, ceux qui détiennent l'avoir, le savoir, le pouvoir ont devoir de s'éveiller à l'avenir. Toute une autre frange du peuple fera l'effort de renvoyer les nantis à leurs responsabilités. Si ceux-ci sont incapables de prendre l'avenir à bras le corps, la révolte de la justice du petit peuple entrera en action face à une bourgeoisie déterminée à s'agripper à ses privilèges.
Que peut faire d'autre le peuple des pauvres, des écrasés ? Il subit une société de consommation de plus en plus injuste. Il est dominé par la caste créée par ceux qui ont le pouvoir des médias, des industries, du commerce, de la politique…
" Le grand monopole " comme dirait le parti communiste.
La révolte du timide, du faible, de l'opprimé, se paie dans le sang quand le rapport des forces devient insoutenable et qu'un fait de société provoque le petit déclic.
Dans une société où le Q.I. est roi, l'intelligence de l'homme d'aujourd'hui devrait se tourner vers un partage, une attention aux autres, au petit peuple. C'est dans le propre intérêt d'une société qui court à sa perte. Ce n'est même pas un geste de charité chrétienne qu'il faut rechercher. Il pourrait rebuter certains. C'est, tout simplement, un geste nécessaire, une simple déduction d'évidence.
Le rapport des forces va changer dans les décennies à venir. Huit cent millions d'hommes souffrent de malnutrition, le continent africain s'organise malgré les guerres, la corruption. La Chine s'éveille et les Etats- Unis s'enlisent dans la suprématie d'un modèle dépassé.
La mondialisation bouleverse déjà le puzzle des nations. Pauvre Europe divisée, au capitalisme moribond. Pays d'Europe, pour quel défi ? Lamentable confort des nantis en panne d'innovation. La stratégie économique est le moteur des nations, son choix, son invention à trouver un nouveau souffle sont à notre portée. Le nationalisme n'est plus de mise. Après le constat, il y a l'action, l'ouverture des frontières dans un nouvel équilibre à inventer, à organiser.
L'Europe est un espoir. Il y a une formidable chance à saisir. Comment éviter le piège de nos intérêts particuliers, de siècles de nationalisme dépassé ? Construire ensemble reste un pari osé. Se parler, dialoguer, travailler de concert à des projets communs, bâtir une Europe forte de sa jeunesse, de son dynamisme pour contrebalancer les grands équilibres dominateurs.

Réussir, c'est donner aussi la place à l'Autre. Une industrie de partage est à inventer. Nous vivons les derniers grands jours des injustices criantes du 21ème siècle !
Oh, ce n'est pas toujours le plus beau des sentiments qui dicte ce réveil aux réalités mondiales. C'est une question de survie. Bien sûr, nous pouvons nous contenter de quelques Révolutions traditionnelles dans le sang de crimes fratricides. Persuadons-nous que celles-ci sont dépassées pour un siècle qui se veut éclairé.
Heureusement, une ère de héros et de saints se lèvera. Elle se lève peut-être déjà, sans que le cours de l'histoire nous ait permis de nous en apercevoir. Il y aura cette régénérescence de l'esprit sur la matière… Un grand brassage d'idées, d'armes, de convictions, de faux prophètes… est en marche. L'histoire nous l'impose. Il est impossible que le monde s'arrête dans les temps qui viennent. Il avance dans des remous sans cesse éveillés, comme un volcan qui paraît ne plus rien avoir à cracher puis, à l'étonnement général, se ranime malgré les prévisions les plus savantes.

Excuse-moi, je t'ennuie, je dérange ton petit quotidien confortable, le week-end à prévoir ou le prochain sport d'hiver qui vient. Oui, mais que veux- tu, autrement je ne me sens pas un homme. J'apprécie les douceurs de la vie de consommation sans vouloir trop en posséder. J'ai encore la chance de me rendre compte que je les apprécie. Le rouge me monte au visage pour ceux qui ne vivent plus rien et qui courent sans cesse vers d'éphémères biens de consolation.

Pour que ce quotidien ne m'ennuie pas, je recherche l'éternel Autre. Il se peut que j'apparaisse quelquefois découragé, voire même déprimé, mais je t'assure que je suis profondément heureux d'être en quête de l'Autre. Il n'y a que les contradictions d'une vie constituée de haine et d'amour qui puissent remplir l'horizon d'espérance.
L'Autre ne dit pas tout, il semble qu'il m'écoute.  Souvent, je ne me parle qu'à moi-même parce que je ne sais pas tendre l'oreille.
J'ai fini, pour ce jour, d'écrire rageusement. Je me défoule sans prétendre à la vérité. Mon humeur dépasse les logiques rationnelles. Une humeur vagabonde, au gré du temps. Un peu comme un journal, ces lignes n'ont pas la prétention d'une docte narration s 'appuyant sur un argumentaire universitaire.

Je ne suis que Vincent, trente ans, avec mes attentes, mes réflexions, en construction de ma personnalité. Les études, les stages, les ratés prolongent l'adolescence bien au-delà des schémas habituels.

J'habite un petit appartement, près du canal Saint Martin. Le quartier sent bon le Paris de mes parents, de mon enfance. Il n'a pas perdu son âme, les rues sont intactes d'un passé qui nourrit le présent. Il y a encore ces petits métiers qui perdurent au fond des cours. Elles gardent des secrets. Paris de tous mes espoirs, riche d'un passé, forces de l'avenir.
Cet appartement, petit nid d'amour, entre Angèle et mon fils.
Quel silence, depuis !
La chambre de l'enfant, vide de bonheur, triste comme la mort et pourtant indissociable de la présence de notre petit bonhomme. Double révolte et double abandon de deux amours qui donnaient sens au présent, à l'avenir. Absence, tristesse et espoir… 







GRAIN DE FOLIE !




A trente ans, que puis-je raconter ?
Ecrire mes mémoires, c'est encore un peu jeune. Être jeune ? 
Souvent, on entend dire par les moins jeunes, les séniors : " Vous ne pouvez pas comprendre, vous êtes trop jeunes, vous manquez d'expérience " ! Comme si l'expérience était un label de qualité, un exemple à suivre ! L'expérience n'est pas toujours garante de l'avenir. La première guerre mondiale, puis la seconde. Quelle utopie de croire à un avenir de " baisers de paix " !
Pourtant, si l'on en croit l'expérience de vieux politicards, que de crimes, de fesses rivées sur une chaise, pour la fichue dame expérience !
Un jeune de trente ans veut profiter de l'acquis vécu par ses parents. Mais, pas n'importe comment ! La véritable expérience ne représente pas le passé figé, avec des mises en garde permettant de prendre tout le monde pour des idiots au nom d'un autre vécu.
L'expérience du passé est riche quand elle témoigne, à un moment précis, d'une vérité authentique, hors des radotages et fort d'une authenticité incontestable. Une façon de passer le relais, de servir de pont d'une génération à l'autre, dans ce cas, oui.

" Je buvais une large lampée d'un excellent Saint- Emilion qui restait des ripailles de la veille entre copains. Cette stimulation du vin libérait une frénésie d'écriture. "

Faut-il attendre cinquante ans pour vivre la maturité, l'autorisation de parler et d'être écouté ? Je ne parle pas de l'expérience des Sages, celle qui enrichit afin de mieux appréhender l'avenir. Celle-là est un trésor. Elle ne s'évalue pas en " toi, tu connais rien, moi, je connais tout ".



                " Oui Monsieur, je n'ai ni connu la Résistance, ni servi sous les drapeaux la patrie en danger " !


                " Ils ne sont pas patriotes, ces jeunes "

Nostalgie du passé, pensée figée, ringard ! Certains regards de vieux aux jugements définitifs révoltent les jeunes, me révoltent. A tout entendre, il n'y a que des jeunes des banlieues, casseurs, voleurs, violeurs, crasseux, trafiquants de drogues ou des écologistes idéalistes, des gauchistes à tout casser, des traine-savates, des  feignants, quoi !

" Je me servis un autre verre de Bordeaux, je humais sa robe. Doucement, je le fis tourner dans ma bouche avec un plaisir jouissif. Mes pensées allaient plus vite que ma plume. J'étais bien, dans un état d'excitation euphorique me prenant pour un grand écrivain lâchant ses traits de génie. Ma main noircissait le papier blanc d'une belle assurance… "
Ce sont des classifications qui me font mal. Elles sont jetées à la face du public en slogans racistes, xénophobes, populistes. On flatte l'opinion dans le sens du poil. Facile ! Les clichés restent, l'anathème est lancé. Simpliste !
L'étoile jaune a donné l'holocauste, des millions de morts. En faut-il davantage ?
Je connais des gauchistes qui ne sont pas d'affreux politicards et qui se foutent de l'étiquette, celle placardée sur eux. Ils agissent avec foi, à corps perdu.
Je fréquente des amis juifs, arabes, musulmans et je m'enrichis de leurs cultures.
Je rencontre des jeunes des cités qui ne se droguent pas forcément. Ils vivent autrement. Je les prends au sérieux.
Des traîne-savates, j'en vois inlassablement rechercher un emploi, qu'ils ne trouvent pas.
Des feignants, oui, j'en connais qui, au-delà du regard des imbéciles, sont torturés par une société faite de démesure.
Il y a les modes, celles des clichés vite fabriqués. Elles ont toujours existé. L'humoriste peut caricaturer. La caricature  met en évidence les travers d'une société. Vous, vieux combattants respectables, ne pensez pas que la mollesse est l'apanage des jeunes ! Vous souhaiteriez que les jeunes vous guérissent de la mollesse du temps présent !
" Ah ! De notre temps, on n'aurait pas fait ça " !

Pourquoi entretenir une coupure entre générations et penser que, d'un côté, il y a les héros et de l'autre, les lâches ?
Ne vous inquiétez pas, lorsque vos jambes trembleront de ne plus pouvoir vous porter et que l'ennemi frappera à notre porte, vous serez bien contents d'avoir nos jeunes corps pour servir de barricades à je ne sais quelle guerre économique, philosophique, atomique ou…
A  vous de choisir pour cet avenir qui vient.
" Le dernier verre de Bordeaux me donnait des ailes. Je planais doucement sur mon nuage. Je m'arrêtais pour me vautrer sur mon fauteuil et vagabonder dans mes pensées. Une douceur m'envahit lentement. Je me remis à terminer mon récit avant la fin de cet état de grâce artificiel. "

J'ai envie de penser aujourd'hui, que tout est en gestation dans une civilisation qui se meurt pour donner naissance à la suivante. J'en suis sûr, elle se fabrique à coups de jeunes dans les cités, noirs, blancs, arabes ou juifs, de jeunes gauchistes, des feignants…

N'en crois rien si tu veux ! Mais, laisse-moi le soin, avec ou sans toi, de construire la vie qui sera celle de nos enfants. Je ne connais pas de  profonds changements qui  se soient effectués avec toute une cohorte d'impuissants et de prétendus vieux sages à l'expérience radotée.
A toute époque, il a fallu le sursaut de quelques-uns pour aller de l'avant. Je crois profondément que cette époque est en procréation d'un avenir plus Sage, malgré ou à cause des multiples difficultés d'une crise économique sans précédent, d'une Europe qui se cherche.
Et alors ! Pourquoi ne pas avoir un grain de folie ! Celui qui est contagieux, entraînant, stimulant.

Ceci me rappelle l'histoire d'un maître religieux en Inde qui s'adressait tous les jours à ses disciples. " Un matin où il se trouvait sur son estrade, s'apprêtant à parler, un petit oiseau se posa sur le rebord de la fenêtre et se mit à chanter de tout cœur. Lorsqu'il se tut et qu'il s'envola, le maître dit : le sermon de ce matin est terminé ". (Krishnamurti)
Un grain de folie assurément !
Parler de chant d'oiseau dans ce monde si matériel ? La vie de tous les jours se charge de nous rappeler à la réalité.
Mais, après l'opulence de ces dernières années, la crise économique, la fadeur d'une époque clinquante, as-tu remarqué comme pointe à l'horizon un esprit purificateur ? Les signes deviennent évidents. Les plaisirs simples se retrouvent. Les routes sont sillonnées de cyclistes amateurs de tous âges. Les chemins ruraux accueillent les randonneurs, les gîtes revivent le temps d'un week-end ou de vacances, au coin du feu. Un retour à la nature, un besoin d'oxygène, quoi !

Hormis le snobisme des simples, quelque chose change, non ?
Je ne veux pas ignorer  les terribles problèmes de notre temps. J'essaie de percevoir à l'horizon les signes précurseurs, comment vivre autrement, comment passer le cap ?
Ce réveil des valeurs simples ne doit-il pas être saisi, au passage, comme un état de grâce qui n'attend pas ?
Instant privilégié que l'histoire suspend à notre attention…
Tout ceci commence par une histoire d'oiseau, le charme de son chant. Bien mièvre, n'est-ce pas ?

Et si tu savais, tout à coup, renouveler ton regard, profiter de ce souffle passager qui plane aujourd'hui sur le monde. Tout petit espoir… Romantisme ! Peut-être ! Si tu penses que la vie doit être solutionnée par les ordinateurs, Internet, le tout numérique ?

Krishnamurti, philosophe indien, dit : " seuls ceux qui savent regarder un arbre, les étoiles, les eaux scintillantes d'un torrent, dans un état de complet abandon, savent ce qu'est la beauté. Cet état de vision réelle  est  l'Amour ".
Depuis que le soleil darde ses rayons chaque matin, une fleur fane et une autre renaît. Un oiseau chante son imperturbable mélodie, dans le calme du soir. La nature s'endort, toujours, au dernier scintillement de l'astre.

*

Subitement, il tombe lourdement sur le sol. Le gros bloc de papier que je tenais sur mes genoux venait de rompre un instant de rêverie. Brusque réveil sur la réalité du moment. Pourtant, le fracas de la ville a fini par s'adoucir, le vent a cessé de mugir.

Et bien sûr, tu ne me croiras pas, un oiseau sautille, avec humour, sur le rebord de la fenêtre. Alors, l'histoire du maître religieux me revient à l'esprit et j'entends chanter en moi mille raisons d'espérance.

Un grain de folie, tant pis. Oui, mais le plus fou n'est peut-être pas celui qu'on pense !

Alors, le vieux Sage, celui à l'expérience dynamisante, trouve ce grain de folie bien sympathique.







HUMAIN !




Je me trouvais dans cette période de la vie, seul, sans amour. A deux pas, l'hôtel du Nord, le canal Saint Martin et sa brassée de souvenirs. Un lieu toujours charmeur, petit îlot de fraîcheur pour s'ouvrir à la contemplation.
Je m'asseyais, en contrebas, sur un banc, tout près de l'écluse. Ma solitude mal supportée, me fit vagabonder dans un de mes délires, des révoltes qui calmaient mes tempêtes.
J'avais mal à mes amours, Angèle, notre enfant, la lancinante impuissance à tout réveiller.
Le temps d'aujourd'hui  nous pousse à l'affrontement ou à la nonchalance. Bien pire, c'est ce dénigrement systématique pour celui qui ne fait pas partie de la caste.
L'intolérance n'est ni de droite, ni de gauche. Elle sévit partout où on commence à trop bien croire posséder la vision la plus juste d'une société future. Tout le monde ne s'appelle pas Montesquieu. Nous avançons par opposition en se grandissant sur le dos des autres, ou en s'appuyant sur des doctrines, des idées, des politiques, pour mieux les démolir et s'octroyer la vérité. La société tend à se détruire dans un combat fratricide. Nous allons vers un langage que nous ne pouvons réfuter sous peine d'être pris pour des idiots.
Cet orgueil, le fameux orgueil humain capable d'attirer, par une simple vexation, le sang de la guerre. Comme tout tient à un fil ! Nous sommes en équilibre sur une grande balance, celle d'un monde qui hésite à retirer le poids d'un plateau pour remonter vers des horizons plus purs.
Et si, par miracle, le plateau se levait malgré la lourdeur du poids ? Le poids perdrait peu à peu toute consistance, il fondrait comme un bloc de glace jusqu'à devenir ridicule.
Pourquoi rêver, en cette fin de civilisation, à d'autres horizons purifiés ?
L'homme doit vivre d'espérance en mourant, quelquefois, pour les utopies qu'il projette. Mais il a une manière de se grandir sur le dos des autres qui tend à devenir une véritable mode. Chez les classes les plus aisées, l'habitude prend des airs de snobisme qui n'est pas très loin des salons d'antan.
D'autres bourgeois, convertis à l'intellectualisme de gauche, cultivent le dénigrement avec sûreté et subtilité, dans l'art des mots à la mode, ceux qui traînent dans le milieu intellect du Paris de gauche ou de l'élite de province.
A droite, l'expression devient plus lourde, elle marque le poids des ans en ne pouvant plus s'en dépêtrer. Si jamais elle en sort, elle a l'air du provincial qui monte, pour la première fois, à Paris. Les hommes du bon sens, alors, c'est ceux du centre ?
Tu m'attends, toi aussi, pour pouvoir à ton aise, dénigrer ?
Non ! Je ne crois pas que le centre soit une position heureuse dans ce monde turbulent. J'aime les gens qui choisissent. Le centre, c'est trop commode, on peut glisser au centre droit ou au centre gauche, selon…
Je voudrais pouvoir m'éloigner de ces catégories sclérosées. Loin de mon esprit de dénigrer le vrai combat syndical et politique. Combat qui ne se tromperait pas d'objectif et qui servirait la collectivité. Pourtant, nos systèmes syndicaux et politiques sont bien malades. Malades d'un manque d'adaptation, d'une coupure entre le citoyen et le syndicalisme, la politique…

Le peuple a évolué de façon considérable avec les grandes mutations de ce début de siècle. Le déphasage existe pour la plupart des militants qui n'ont pas vu venir l'onde de choc de la mondialisation, empêtrés dans un activisme généreux, mais aveugle.

Refermé sur des modèles dépassés !

Il y a toujours des militants droits, de vrais combattants. Mais la classe politique n'a plus rien à dire. Elle s'est épuisée dans des usages d'un autre temps, des scandales financiers, des visions trop narcissiques, des carrières à affirmer, des orgueils à satisfaire. La classe politique s'embourbe dans le dénigrement systématique pour essayer de se grandir avec ce qu'elle n'a plus à dire et à proposer. Le vrai syndicalisme en sortira un jour purifié. La politique se doit de retrouver la genèse de sa noble mission. Elle est au service du peuple, elle représente le peuple. La fonction et ses auréoles de pouvoirs multiples n'ont qu'un but, servir, promouvoir, organiser, convaincre le citoyen.

D'une manière générale, il y a une éthique à redécouvrir en dehors des rapports de forces narcissiques, en politique, comme dans tout ce qui représente une forme de pouvoir.

Dur dilemme que de vouloir s'élever au-dessus des clans et des partis, en restant suffisamment un homme de terrain, de contact, de rassembleur !
J'y crois, c'est possible. Faisons naître des Jaurès, des De Gaulle, des Malraux, des combattants nouveaux, clairvoyants et qui aiment le peuple.
Il y a tant à dire avec amour.
Et en politique aussi, j'en suis convaincu. Je ne parle pas d'amours angéliques aux corps asexués. Je pense à une belle virilité qui bande en jouisseur d'un droit au plaisir de l'esprit pour aboutir à une œuvre pratique et aimante.
Je travaille pour l'autre en oubliant ma carrière, mes stratégies de partis, mon orgueil...
Je veux croire  à la fougue de l'homme solide, capable d'être un timonier inébranlable face aux dégueulasseries.
Il y a nécessité à se purifier et à trouver plus de timoniers que d'ambitieux pantins. Les pantins ne manqueront jamais. Ils nous conduisent à la facilité et à la faillite. Ils ne plaisent qu'à eux-mêmes et à quelques courtisans mal informés, aveuglés par l'ambition.
Nous avons perdu la notion du collectif. Je me battrai avec acharnement pour tout ce qui participerait à redonner à la communauté humaine la première des vertus, le bon sens. Un bon sens, force vive de notions positives…
Pourtant, dans notre société si décriée, des valeurs naissent. Nous ne savons pas en disposer par une espèce de manque de maturité propre au peuple français, en particulier. Prendre une décision importante en France, pour la mettre en pratique, relève de l'héroïsme à gauche comme à droite.
Quand elle est seulement annoncée officieusement, une lame de fond se lève en forme d'impulsivité débonnaire et immature qui ne se donne pas le temps de la réflexion.
Une opposition, de droite comme de gauche, qui s'oppose au gouvernement en place, par principe, en étant contre tout, est une opposition imbécile. Elle nous ramène  dans un jeu infantile, à ce que l'homme a de moins bon en lui.
Comment procéder pour lutter contre ces enfantillages, qui, du dehors,  sont une insulte à l'intelligence de l'homme ? Comment quitter les basses eaux ?

Pratiquement, à tous les niveaux, nous sommes empoisonnés par ces petites visions pour petites gens. France, pays des droits de l'Homme, tu nous fais rire avec tes leçons de démocratie ! Elles se dévaluent dans une anarchie franchouillarde.

Dans l'entreprise, dans les grands groupes financiers, dans la famille, le même état d'esprit se développe.
La personne humaine a perdu l'essence de son être. Elle n'a plus le simple sens du devoir. Elle fuit, éperdue, vers un but ou le sens, le bon sens est absent. Le profit pour un plus grand profit, atteindre des objectifs, un rendement, la performance, apprendre à devenir un requin avec de grandes dents…bref !
La famille vit au rythme des frasques des 35 heures, du stress, des garderies d'enfants, des transports. L'argent pour consommer est le moteur de notre mode de vie. Beaucoup d'enfants manquent d'affection parqués dans des crèches ou gardés par des nounous. Qui a  besoin d'argent, qui a besoin d'affection ?
Nous sommes modernes, nous vivons avec notre temps !
Moi, je ne vis plus rien, sans Angèle et les cris joyeux de notre enfant.
J'ai le temps de regarder la frénésie qui m'entoure pour un jour, qui sait, retrouver la paix !
Avec les allergies, le stress, les tics, les tocs, la dépression, les psys, les cures marines, les massages et tout un marché juteux qui se développe en corrélation avec notre mal-être.
Nous souffrons de surchauffe. Il faut baisser le thermostat de cinq degrés, au moins.
Un certain nombre de citoyens évaluent notre mode de vie d'un œil critique, mais ne se sentent pas la force de réagir, alors, suivons le troupeau.
D'autres, penseurs, journalistes, parents, humbles citoyens prennent du recul et s'engagent dans des initiatives libératrices.
Pourquoi, en effet, ne pas prendre toute cette fumisterie à contresens ?
Mais, voilà, ce véritable aggiornamento devient dur à proposer à une société qui  tombe vite dans ses habitudes, même si elle croit qu'elles sont modernes.
Il n'y a de moderne que ce qui dure dans le temps et qui permet de soutenir d'autres modernités.
Le moderne a le goût du risque et du mouvement pour ne pas s'arrêter ou s'agripper à des espérances mortes.

N'y aura-t-il pas des femmes ou des hommes capables de nous mener vers des horizons plus louables, loin de la déconfiture et des niaiseries des passéistes ou des coureurs de l'impossible ?

" La femme est l'avenir de l'homme " dit le poète. Pourquoi, nous, les hommes, n'acceptons-nous pas, avec humilité, les formidables qualités de la femme ? Il y a encore du chemin à faire entre les bonnes intentions et une véridique égalité. L'égalité, évidemment, ce n'est que le premier pas. Mais c'est scandaleux de fermer les yeux sur la complémentarité évidente ! Le poète a raison. Ouvrons l'homme à l'humilité pour accueillir les richesses d'une autre logique, d'une intuition féminine trop longtemps bâillonnée.

*

Angèle, mon amour !

C'est un enjeu majeur à relever et un défi lancé à l'homme, sans hiérarchie de machisme honteux.
Tout un peuple se lève ou s'amenuise à la force ou à l'inconsistance de ses héros. Il y a de la place  pour qui saurait grandir loin des mesquineries, des coups bas et des intérêts égocentriques.
Ce chemin n'est pas facile. Il ne l'a jamais été.
A quoi bon vivre dans le cocon déprimant d'une société qui, de toute façon, disparaîtra, tôt ou tard, dans ses ribambelles d'empêtrements anodins ou pas ?
Dans cette époque de liberté menacée, tout se trouve à notre portée, comme au paradis terrestre, pour modeler un monde nouveau.

Il n'y a plus de place pour les fricotins de l'amour ou pour les culs-de-jatte de la peur.
Nous portons d'irrésistibles petites faiblesses  qui nous tirent plus volontiers vers la passivité que vers la grandeur. Par bonheur, nous sommes capables quand le hasard, la destinée, l'instinct de survie ou la grâce convergent ensemble, de nous surpasser jusqu'à l'héroïsme.
Loin des minauderies du vulgaire existe un espace pour se rasséréner. Cultivons-le !

Naïf ! Si tu veux. Que me proposes-tu comme antidote ? D'oublier que l'homme est un penseur ?
La technique, la robotisation, l'informatisation régleront tous les problèmes. Le médecin me greffera le cœur d'un autre et comment ne pas s'émerveiller ? Qui soignera les blessures de l'être, de ce qu'on appelait l'âme, la vie intérieure ?
Les psychiatres, les vrais, les bons seront dépassés par l'ampleur des dégâts. Tous les prétendus psychothérapeutes, les marabouts de toutes sortes feront la fortune de notre infortune. Et puis, tu verras, des naïfs de plus en plus nombreux feront autorité.

Que de temps perdu pour notre intelligence !



Pour la suite du roman, le commander chez l'Editeur, lulu.com, avec le lien suivant :

                                                                                            http://www.lulu.com/content/887926


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